lundi 26 avril 2010

Chronique cd: Druschetzky





Georg Druschetzky
(1745-1819)






3 Parthias pour vents (La mineur, Do, Mi bémol)
Motetto (pour vents)
Offertorium Veritas me(pour choeur et vents)
Der Fruhling (pour choeur et vents)
Variations sur un thème (pour vents)
Sehnsucht (pour choeur et vents)
Punschlied (pour choeur et vents)

Amphion Wind Octet
Collegium Vocale 1704

Accent ACC 24208
(Distr.: www.canadacd.ca)

Compositeur originaire de Bohême, Druschetzky fit d'abord des études de hautbois avant de devenir, de 1768 à 1774, musicien de régiment et ensuite Kapellmeister. Après avoir occupé divers emplois qui l'ont amené à exercer son métier dans plusieurs endroits, il s'établit finalement en 1807 à Pest au service de l'archiduc Joseph Anton Johann à titre de compositeur et fut promu en 1813 au rang de directeur musical d'un ensemble à vents.

Le livret nous rappelle pertinemment que cette époque, ravagée par les guerres napoléoniennes, a vu la disparition de nombreux orchestres de cour pour financer les interventions militaires. En revanche, la musique pour harmonies, c'est-à-dire pour des ensembles à vent, généralement constituées de deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons et deux cors, a connu un essor significatif autant pour les divertissements de nobles patrons que pour les offices religieux.

C'est dans ce contexte que Druschetzky s'affirme comme l'un des représentants les pus illustres de sa génération. J'ai été étonné d'apprendre qu'il ait composé dans tous les genres (opéras, symphonies, concertos, ballets, messes, musique de chambre) et en aussi grande quantité: 150 partitas pour ensembles à vents, 26 symphonies, 36 quatuors à cordes, une douzaine de messes, deux concertos pour hautbois. Virtuose des timbales, il a même écrit un concerto pour six timbales.

Ce disque vient donc combler une lacune importante dans l'histoire de la musique à plus forte raison que l'interprétation de l'Octuor à vents Amphion (auquel s'est joint un contrebassiste) est d'une convivialité contagieuse. Il démontre la pleine maîtrise du compositeur de petites formes pour ce type de formation. On sent que les musiciens prennent grand plaisir à ce programme où sont aménagés certains passages virtuoses (par exemple: la clarinette dans l'Allegro du Motetto).

L'octuor Amphion utilise soit des instruments d'époque (ca 1800), soit des copies fidèles aux originaux, et d'où il en tire des timbres lumineux, des coloris savoureux, notamment dans les passages au caractère enjoué. La plénitude sonore se démarque autant dans les contrepoints efficaces que dans les tutti parfois robustes.

Le disque compte aussi quatre pièces pour choeur et vents, contrairement à ce que pourrait laisser entendre l'intitulé du disque. On a omis d'inscrire le minutage pour l'Offertorium: 6 min.25.

Y aurait-il mieux valu les remplacer par une ou deux autres parthias ? Sans doute. Mais ne boudons pas le choix de l'éditeur qui a voulu nous révéler un aspect différent de ce compositeur encore si méconnu. Peut-être veut-il disposer notre attention sur d'éventuels enregistrements de sa musique religieuse? Quoique qu'il en soit, ce disque mérite sa place dans la collection des mélomanes à l'affût de répertoire insoupçonné de maîtres talentueux.

Guy Sauvé
Avril 2010

mardi 20 avril 2010

Chronique de cd: Hommage à Chopin














Balakirev: Impromptu sur les thèmes de deux préludes de Chopin
Bendel: Hommage à Chopin, op.111, no. 1
Grieg: Studie (Hommage à Chopin), op. 73, no. 5
Busoni: Dix variations sur un prélude de Chopin en do mineur, BV213a
Napravnik: Notturno (La réminiscence de Chopin), op. 48, no. 1
Tchaikovsky: Un poco di Chopin, op. 72, no. 15
Honegger: Souvenir de Chopin
Sir Lennox Berkeley: Trois mazurkas, op.32
Villa-Lobos: Hommage à Chopin
Mompou: Variations sur un thème de Chopin
Godard: Hommage à Chopin, op. 66, no. 2
Godowsky: Profil (Chopin)
Leschetizky: Hommage à Chopin, op. 46, no. 9

Disponible via le site sécurisé www.canadacd.ca
si non disponible en magasin

La firme britannique Hyperion est reconnue pour nous faire connaître des oeuvres inédites, par des interprètes de haut niveau. Elle a pris des initiatives fort bienvenues en développant aussi des collections par thème. Parmi toutes ces aventures, le répertoire pour piano y occupe une place privilégiée, par exemple avec l'intégrale pour piano seul de Liszt (près de 60 volumes), ou encore la série The Romantic Piano Concertos (actuellement en 50 volumes).

C'est donc dire que ce label se distingue par l'originalité de ses contenus et il ne fait pas de doute que ce nouvel enregistrement laissera sa marque. Alors qu'à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Chopin, trop de compagnies se cantonnent frileusement dans un ronron de redites qui n'offrent rien pour capter notre attention, Hyperion nous propose plutôt l'hommage le plus stimulant, le plus pertinent, le plus imaginatif que j'ai vu jusqu'à ce jour.

Tout d'abord, le minutage est très généreux: 29 plages pour un total de 79 min.40, c'est très rare. Plus intéressant cependant, l'hommage est d'envergure internationale car la nationalité des compositeurs est fort diverse (Russie, Bohème, Norvège, Italie, Angleterre, Brésil, France, Suisse, Pologne).

Encore plus remarquable, c'est la diversité de la palette expressive, la variété des humeurs que le style de Chopin pouvait exprimer. Au-delà de la virtuosité, l'auditeur est amené à voguer entre héroïsme, rêverie, méditation, sentiment révolutionnaire, caractère sombre, dandysme, stylisation de danse folklorique. Pas étonnant donc de voir autant de compositeurs se mesurer à l'un ou l'autre de ces défis.

Encore faut-il que l'interprète soit en pleine possession de ses moyens techniques et interprétatifs. Jonathan Plowright sert ce programme à la perfection, avec une conviction, un panache comparable, par exemple, à celui d'un pianiste mieux connu chez nous, Marc-André Hamelin. Plowright fait partie de cette génération qui n'aura pas fini de nous surprendre.

S'il y a bien un disque à se procurer pour les amoureux de la musique de Chopin en cet an de grâce 2010, c'est bien celui-ci.

Guy Sauvé
Avril 2010