samedi 28 novembre 2009

Chronique CD : Schubert "Heliopolis"



Schubert: Goerne Edition, vol. IV

"Heliopolis"

Die Götter Griechenlands; Philoktet; Fragment aus dem Aischylos; Der entsühnte Orest; Aus Heliopolis; Heliopolis; An die Leier; Atys; Meerestille; Der König in Thule; Blondel zu Marien; Die Gebüsche; Der Hirt; Pilgerweise; Wandrers Nachtlied; Frühlingslaube; Das Heimweh; Der Kreuzzug; Abschied

Matthias Goerne, baryton

Ingo Metzmacher, piano

Harmonia Mundi HMC 902035

Disponible via le site sécurisé www.canadacd.ca
si non disponible en magasin

Schöne Welt, wo bist du ? (Monde si beau, où donc es-tu ?). C'est sur ces mots que Matthias Goerne entame le quatrième volet de son vaste projet d'enregistrer une anthologie des lieder de Schubert avec Harmonia Mundi.

Monde si beau, où donc est-tu ? Nous avons aussitôt notre réponse dès les premières secondes : ce sublime récital est un reflet inconstestable de cet idéal. Sublime grâce à cette rare symbiose entre le timbre chaud du baryton et la riche sonorité du piano. J'ai rarement entendu magie opérer de cette manière. Il faut saluer aussi la prise de son fort bien équilibrée entre ces deux complices qui servent à merveille un programme bâti sur le thème de la nostalgie du monde antique tel qu'idéalisé par les romantiques.

Un DVD est inclus dans cet album, soit un court documentaire sur une session de travail en studio à Berlin et où Goerne partage quelques idées sur l'univers de Schubert et où Metzmacher parle de sa longue amitié avec le chanteur et de ce qu'il a appris dans son rôle d'acccompagnateur.

Outre le premier lied "Die Götter Griechenlands" dont on aura deviné ma vive sympathie, je vous invite à écouter Philoktet, Der König in Thule, et Pilgerweise. Ces pièces forment un échantillon fort convaincant de l'envergure du génie de Schubert dans la concentration dramatique, l'inventivité des moyens expressifs et le sens mélodique tout à fait personnel.

Le mérite appartient aussi aux musiciens qui réussissent à donner un ton juste et avec une sensibilité appropriée selon les atmosphères suggérées par le compositeur. J'insiste sur la beauté du son, l'intelligence de leur interprétation et leur respect du sens profond de la poésie. C'est du Kunstlied à son meilleur de sorte qu'au lied final, celui de l'adieu (Abshied, D.475), on ne peut faire autrement que de ressentir les dernières paroles (... quitter ce que l'on aime; Adieu ! en ce seul mot que de tristesse) justement avec une part de regret, là où prend fin ce périple dans un univers onirique si différent du nôtre.

Guy Sauvé

dimanche 22 novembre 2009

Chronique de CD: Chopin sur piano d'époque





Chopin chez Pleyel
(Un concert de Chopin
à Paris)






Alain Planès, piano Pleyel 1836

Andante spianato op. 22
Ballade op. 47
Études op. 25 nos 1, 2 & 12
Grande valse op. 42
Impromptu op. 51
Mazurkas KK IIb no 5; op. 41 nos 2 & 3
Nocturnes op. 9 no 2; op. 27 no 2; op. 48 nos 1 & 2
Préludes op. 28 nos 4, 9, 11, & 13; op. 45

Harmonia Mundi HMC 902052
(www.Canadacd.ca)

Alain Planès (né 1948) aime les pianos. Pour interpréter les oeuvres de Debussy, il a choisi un Blüthner 1902, pour Scarlatti, un pianoforte Schantz de 1800, pour des préludes de Chopin, un Steinway 1906, pour en nommer quelques-uns.

Ici, c'est un Pleyel 1836, "conservé dans son état d'origine", à échappement simple, qu'il utilise pour nous présenter son dernier projet fort ambitieux: reconstituer le programme d'une rarissime prestation publique de Chopin à la salle Pleyel en février 1842.

Il faut savoir qu'à cette époque les compte-rendus de presse se souciaient peu de détails précis quant aux titres. Une recherche à travers le recoupement de diverses chroniques publiées dans les gazettes parisiennes a donc été nécessaire pour amener ce récital jusqu'à 80 minutes. Peu de productions discographiques sont aussi généreuses.

Mais comme si cela ne suffisait pas, Alain Planès a voulu approfondir l'investigation, à savoir : donner une idée du jeu de Chopin. Celui-ci ne jouait pas fort certes mais encore ? Grâce à sa recherche dans diverses partitions annotées de la main même de Chopin (dont certains cahiers de ses élèves encore conservés), il a repéré des nuances d'articulation, d'ornementation, de doigté que l'on ne retrouve pas dans les éditions régulières. C'est donc la somme de ces trouvailles qui a dicté sa manière d'interpréter le répertoire présenté sur ce disque.

Voilà pour les intentions. Qu'en est-il maintenant de notre plaisir auditif ?

Je dois avouer qu'au tout début, j'étais resté un peu tiède au timbre de l'instrument mais au fur et à mesure que les pièces se succédaient, l'intérêt s'accroissait au point où, au final, l'impression globale était nettement plus que satisfaisante.

Mais par-dessus tout, il faut souligner la superbe maîtrise du phrasé qui appuie une sensibilité poétique à un rare degré de perfection. Aucune mièvrerie, aucun sentimentalisme, ni aucune froideur désséchante ou virtuosité inutile. La respiration de la phrase est maintenue malgré les silences intercalés qui ne perdent rien de leur densité. C'est un tour de force qui mérite toute admiration.