
Chopin chez Pleyel
(Un concert de Chopin
à Paris)
Alain Planès, piano Pleyel 1836
Andante spianato op. 22
Ballade op. 47
Études op. 25 nos 1, 2 & 12
Grande valse op. 42
Impromptu op. 51
Mazurkas KK IIb no 5; op. 41 nos 2 & 3
Nocturnes op. 9 no 2; op. 27 no 2; op. 48 nos 1 & 2
Préludes op. 28 nos 4, 9, 11, & 13; op. 45
Harmonia Mundi HMC 902052
(www.Canadacd.ca)
Alain Planès (né 1948) aime les pianos. Pour interpréter les oeuvres de Debussy, il a choisi un Blüthner 1902, pour Scarlatti, un pianoforte Schantz de 1800, pour des préludes de Chopin, un Steinway 1906, pour en nommer quelques-uns.
Ici, c'est un Pleyel 1836, "conservé dans son état d'origine", à échappement simple, qu'il utilise pour nous présenter son dernier projet fort ambitieux: reconstituer le programme d'une rarissime prestation publique de Chopin à la salle Pleyel en février 1842.
Il faut savoir qu'à cette époque les compte-rendus de presse se souciaient peu de détails précis quant aux titres. Une recherche à travers le recoupement de diverses chroniques publiées dans les gazettes parisiennes a donc été nécessaire pour amener ce récital jusqu'à 80 minutes. Peu de productions discographiques sont aussi généreuses.
Mais comme si cela ne suffisait pas, Alain Planès a voulu approfondir l'investigation, à savoir : donner une idée du jeu de Chopin. Celui-ci ne jouait pas fort certes mais encore ? Grâce à sa recherche dans diverses partitions annotées de la main même de Chopin (dont certains cahiers de ses élèves encore conservés), il a repéré des nuances d'articulation, d'ornementation, de doigté que l'on ne retrouve pas dans les éditions régulières. C'est donc la somme de ces trouvailles qui a dicté sa manière d'interpréter le répertoire présenté sur ce disque.
Voilà pour les intentions. Qu'en est-il maintenant de notre plaisir auditif ?
Je dois avouer qu'au tout début, j'étais resté un peu tiède au timbre de l'instrument mais au fur et à mesure que les pièces se succédaient, l'intérêt s'accroissait au point où, au final, l'impression globale était nettement plus que satisfaisante.
Mais par-dessus tout, il faut souligner la superbe maîtrise du phrasé qui appuie une sensibilité poétique à un rare degré de perfection. Aucune mièvrerie, aucun sentimentalisme, ni aucune froideur désséchante ou virtuosité inutile. La respiration de la phrase est maintenue malgré les silences intercalés qui ne perdent rien de leur densité. C'est un tour de force qui mérite toute admiration.
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