
Carl Czerny (1791-1857)
Symphonie no. 1, do mineur, op. 780
Symphonie no. 5, mi bémol majeur
Brandenburgisches Staatsorchester Frankfurt
Nikos Athinäos
Christophorus Entrée CHE 0152-2
Durée : 77 min. 21
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Ré-édition en 2010 d’un enregistrement datant de 1997 paru sous le label Signum, le label allemand Christophorus offre à nouveau dans sa collection à prix réduit deux symphonies fort agréables à écouter.
Surtout connu comme élève de Beethoven (dès l’âge de dix ans), auteur de diverses publications pédagogiques pour le piano dont sa célèbre méthode École du piano, publiée en 1839 portant le numéro d’opus 500, lui-même professeur de hautes pointures tels que Liszt et Thalberg, Carl Czerny était un virtuose très estimé (Chopin par exemple) dont l’enseignement était très sollicité à Vienne (dès l’âge de 15 ans !). Après les guerres napoléoniennes en 1815, la littérature pour piano fut en très grande demande par la bourgeoisie, notamment dans les pays germanophones. La nouvelle Hausmusik, musique destinée aux amateurs pratiquant à la maison, requérait en abondance des arrangements et transcriptions d’œuvres orchestrales et opératiques. Czerny fit fortune dans ce domaine, son talent lui permettant de publier quantités de ces pièces (le catalogue de ses oeuvres avec numéros d’opus s’élevant à 861, voire un total de 1000 si on inclut celles qui n’en ont pas) et de s’offrir le luxe d’une retraite prématurée. Il a cessé d’enseigner à 45 ans.
Quant aux six symphonies qu’il a composées, amorcées très tardivement, elles laissent peut-être à penser que Czerny aurait forgé sa personnalité de compositeur de musique « sérieuse » trop tard. Les deux premières symphonies portent les numéros d’opus successifs, soit 780 et 781. Mais les quatre suivantes, restées à l’état de manuscrit, ne sont pas numérotées. Pourquoi ? Est-ce qu’à ce moment-là, les éditeurs commençaient à bouder un compositeur passé de mode ? D’autres hypothèses seraient à vérifier.
Pastiche ou hommage à l’égard de Beethoven ? Il est évident que l’influence du maître transpire dans tous les éléments de la composition et les commentateurs n’hésitent pas à faire les rapprochements. Mais cela me semble un peu précipité puisque l’échantillon du répertoire « sérieux » est trop mince présentement à notre connaissance. Qui a entendu les six symphonies ? Combien de gens savent qu’il a écrit près de 300 œuvres sacrées ? Quand on sait qu’il a fait des arrangements basés sur des thèmes d’environ une centaine d’opéras et de ballets, on peut se douter que d’autres influences soient manifestes. Mendelssohn, Schubert, Rossini sont susceptibles de passer en premier à l’examen mais il faudrait aussi voir chez d’autres célébrités de l’époque (que l’on connaît aujourd’hui plutôt mal), telles que Mercadante, Halévy, Auber, Hérold, Meyerbeer, et j’en passe.
Grâce à ce disque, force est d’admettre que l’on aurait tort de bouder ces deux symphonies d’un élève qui a fort bien assimilé les leçons d’un génie et les innovations de l’air du temps. J’insiste sur le fait que ce répertoire mérite d’être considéré bien au-delà d’un artefact d’un cabinet de curiosités. Il n’y pas de raison que les orchestres, même les plus réputés, les ignorent de leur programmation.
De facture plus classique que romantique, on apprécie surtout de ces symphonies le caractère bien campé des thèmes, la cohérence formelle et la fraîcheur des textures, celles-ci pouvant être comparées aux diverses teintes des vastes ciels matinaux peints par Caspar David Friedrich. Ce n’est pas un hasard si une de ses toiles sert de couverture à la pochette. Le discours très fluide, solidement ficelé cimente efficacement la reprise des mélodies, simples mais prégnantes, tantôt par des accompagnements de cordes très actifs, tantôt par des éclairages chaleureux d’ensemble de bois, ou encore des interventions vigoureuses de tutti d’orchestre supportés par les timbales. En aucun temps, et particulièrement dans la première symphonie, on n’éprouve de l’ennui même si on se sent en terrain connu.
L’interprétation est vivante, très dynamique, en parfaite adéquation avec le caractère empreint d’héroïsme qui prévalait dans les mœurs esthétiques de l’époque et qui nous procure de nos jours une saine jouissance. Les andante apportent un changement de ton plus lyrique que les mouvements extrêmes et les scherzos sont empreints d’une espièglerie savoureuse. L’enregistrement assure la clarté de tous les pupitres sans enflure superflue; le son est très naturel, quoique ne respirant pas autant que chez d’autres labels plus réputés.
Au lieu du dépaysement, c’est plutôt la sensation réconfortante de retrouver la joyeuse compagnie d’amis sincères et familiers que j’éprouve en écoutant ce beau programme. Et pourquoi pas ? Faut-il toujours voir la beauté que dans les paysages tourmentés de l’âme ? La beauté porte de nombreux visages et l’occasion nous est donnée ici d’en découvrir un, caché depuis trop longtemps. Vous ne regretterez pas d’avoir acheté ce disque.
Guy Sauvé
Août 2010
