mercredi 23 décembre 2009

Chronique CD : Schumann : Scènes du Faust de Goethe





Schumann: Scènes du
Faust de Goethe







Mojca Erdmann, soprano
Anitra Jellema, soprano
Christiane Iven, mezzo-soprano
Elisabeth von Magnus, alto
Birgit Remmert, alto
Anjolet Rottevee, alto
Kevin Doss, ténor
Werner Güra, ténor
Christian Gerhaber, baryton
Alastair Miles, basse
Franz-Josef Selig, basse


Choeur d'enfants et Choeurs de laRadio des Pays-Bas
Orchestre Royal du Concertgebouw
Nikolas Harnoncourt, chef


RCO 09001 (2 cds)
Disponible via le site sécurisé www.canadacd.ca
si non disponible en magasin

Il est toujours bien de s'exercer à forger sa propre opinion, surtout dans des domaines où l'appréciation relève davantage de la subjectivité, du goût personnel, que d'un savoir indiscutablement éprouvé et démontré. J'ai récemment eu l'occasion de vérifier cela en comparant deux critiques de cet album, une parue dans la revue Classica de novembre et l'autre dans la revue Diapason de décembre. Dans un cas, on est déçu; dans l'autre, on y "réserve une place de choix" parmi les quelques versions déjà parues (Abbado, Britten, Herreweghe, Klee).

Goethe a travaillé sur Faust presque toute sa vie, de 1773 à 1832. Cette oeuvre, comportant 12,000 vers, offre divers angles d'approche pour un compositeur; Schumann a choisi le thème de la rédemption, présenté sous la forme d'un oratorio. Les ressources requises pour son exécution nous indiquent clairement l'envergure inhabituelle, audacieuse, de la composition et on peut aisément concevoir les nombreux écueils que risquent de rencontrer les interprètes.

C'est le cas notamment des brèves interventions du choeur d'enfants qui, hélas, a une intonation trop souvent défaillante et un timbre d'ensemble pas très joli. Cela s'explique sans doute par les conditions périlleuses du "live". Mais pour un opus de près de deux heures, ces scories sont bien peu de choses par rapport à l'ensemble.

Un des critiques a signalé son agacement à propos du grasseyement d'un soliste; cela peut se comprendre car la prise de son, fort limpide et équilibrée, est une arme à deux tranchants: elle peut rendre justice à la beauté du son et aux délicates nuances des pupitres de l'orchestre recherchées par le chef tout en mettant en évidence certains défauts qu'il nous est difficile de ne pas remarquer. Pour ma part, j'accepte les roulements prononcés de "rrr" parce que je donne le bénéfice du doute au soliste quant à son souci d'assurer une diction bien perceptible aux auditeurs qui ont assisté à ce concert. Il y a aussi un moment où une chanteuse éprouve de la difficulté sur l'intensité d'une attaque (CD I, pl. 3). Mais il faut tenir compte d'autres qualités pour ne pas en rester là. La sincérité des chanteurs n'a pas à être mise en doute et bien malin celui qui serait capable de déterminer la juste perspective qu'il conviendrait d'adopter quant à la véracité psychologique des personnages voulue par Schumann. Parmi les plus beaux moments chantés, signalons le passage accompagné à la harpe (CD II, pl. 7), où le soliste se montre fort expressif et nuancé.

L'orchestre sonne merveilleusement bien et Harnoncourt maîtrise toutes les teintes et demi-teintes des effectifs instrumentaux. J'ai relevé tant de superbes moments au cours de cette odyssée que l'impression globale est très nettement favorable. Outre l'ouverture, il faut mentionner, entre autres, la sublime culmination du mouvement final de son début jusque vers 2 min. 30 (CD II, pl. 9); l'intensité dramatique sur le Dies irae et la finale de ce numéro (CD I, pl. 4); les magnifiques effets de crescendo/decrescendo (CD I, pl. 7); l'énergie contagieuse (CD II, pl.6); le sentiment d'allégresse comparable à l'ode à la joie (CD I, pl. 6); la sonorité virile des cuivres (CD I, pl. 11). Et bien d'autres encore.

En conclusion: bien qu'on pourrait encore espérer "la" version parfaite avec "la" distribution de rêve sans les périls d'une exécution publique, je réserve une place de choix dans mes recommandations à cet enregistrement puisque le génie de Schumann y est admirablement révélé.

Guy Sauvé
Décembre 2009

mardi 1 décembre 2009

Chronique DVD : Twin Spirits


TWIN SPIRITS:

Un portrait de l'amour
entre Robert et Clara Schumann








Trudie Styler (dans le rôle de Clara Schumann)
Sting (dans le rôle de Robert Schumann)
Derek Jacobi (narrateur)
Rebecca Evans, soprano
Simon Keenlyside, baryton
Sergej Krylov, violon
Natalie Clein, violoncelle
Natasha Paremski, piano
Iain Burnside, piano

John Caird, conception et mis en scène

Opus Arte OA 0994 (2 DVD)
Narration en anglais avec sous-titres en français, allemand, espagnol et italien

Le Royal Opera House a été le lieu d'une mise en scène tout à fait originale et pertinente. Deux groupes, un masculin, l'autre féminin, et un narrateur rendent hommage à l'un des couples mythiques du romantisme musical: Robert et Clara Schumann. On y raconte, par un récit bien ficelé et des extraits de lettres et de leur journal de mariage, les hauts et les bas de leur tumultueuse relation: leur liaison secrète, leur combat pour pouvoir se marier, leur vie de couple, de famille et d'artistes, les épreuves causées par la maladie de Robert, et, non des moindres, la fidélité de Clara après la mort de son mari.

Dans le clan de Robert, il y a Sting, accompagné du baryton, du violoniste et d'un pianiste, qui lit des passages de lettres qu'il avait adressées à Clara. De l'autre côté de la scène, il y a l'actrice Trudie Styler, côtoyée de la soprano, de la violoncelliste et de la pianiste, qui cite les lettres que Clara avait adressées à Robert. Cet échange de correspondance est parsemé de lieder et de pièces pour piano, surtout de Robert, soit des oeuvres tirées du Carnaval op.9, des Kinderszenen op.15, des cycles de lieder Dichterliebe op. 48 et Zwölf Gedichte, op. 35, une des trois Romances de l'opus 94. Mais nous avons droit à quelques belles surpises telles que deux superbes lieder de Clara Es ist gekommen in Sturm und Regen op.12 no. 2 et Sie liebten sich beide op. 13 no. 2 et une romance tirée de son concerto pour piano op. 7.

On entend aussi l'adagio des variations de Chopin sur le duo célèbre de l'opéra Don Giovanni de Mozart, La ci darem la mano. Et un peu plus loin, le duo lui-même avec piano. On y apprend que les variations de Chopin faisaient partie d'une "proposition mystique" imaginée par Robert, un moyen aux deux âmes séparées de se retrouver par la pensée durant l'interdiction du père de Clara suite à la demande en mariage. Le drame se termine dans une fougueuse apothéose du mouvement final (Mit Feuer - avec feu) du Trio no. 1 en ré mineur.

Tous les musiciens donnent une prestation fort réussie quoique je déplore un peu chez la pianiste et la violoncelliste certains effets de pose pour la caméra que l'on pourrait excuser comme erreurs de jeunesse. Bien sûr, rien au disque n'y paraîtrait et leur talent n'en serait point diminué.

Le passage le plus émouvant fut la lecture d'une lettre de Clara aux derniers jours de Robert. Les larmes nous viennent aux yeux en même temps que l'actrice. Dans le deuxième DVD, on apprend pourquoi: elle-même épouse de Sting, elle a projeté le sentiment de Clara sur sa personne; on ne peut la blâmer de cette sincérité.

Le deuxième DVD comporte cinq parties. La première consiste en une galerie de photos des artistes lors des répétitions; j'aurais apprécié que l'on ajoute des images de Robert et Clara. La deuxième partie se subdivise en quatre entrevues: instrumentistes; chanteurs et narrateur; acteurs; et le musicologue Daniel Gallagher. J'ai beaucoup aimé le commentaire perspicace du violoniste sur la densité de l'écriture de Robert Schumann. La troisième partie, nettement la plus instructive, nous vient du conservateur du musée Schumann à Zwickau. Il nous informe de manière éclairante sur plusieurs aspects de la vie des Schumann. La quatrième partie est une chronologie avec des couleurs permettant d'identifier ce qui appartient à Robert ou à Clara ainsi que certains événements indépendants d'eux. La typographie aurait dû être améliorée pour faciliter la lecture. La cinquième partie fait la promotion des projets éducatifs et communautaires associés au Royal Opera House grâce à trois témoignages sympathiques et dont devraient s'inspirer nos gouvernements.

En somme, cette production rend justice à une dramatisation qui pourrait aisément servir de modèle dans la connaissance approfondie que nous apportent des sources directes telles les correspondances et les journaux intimes des grands artistes. Et ce ne sont pas les sujets qui manquent.

Guy Sauvé

samedi 28 novembre 2009

Chronique CD : Schubert "Heliopolis"



Schubert: Goerne Edition, vol. IV

"Heliopolis"

Die Götter Griechenlands; Philoktet; Fragment aus dem Aischylos; Der entsühnte Orest; Aus Heliopolis; Heliopolis; An die Leier; Atys; Meerestille; Der König in Thule; Blondel zu Marien; Die Gebüsche; Der Hirt; Pilgerweise; Wandrers Nachtlied; Frühlingslaube; Das Heimweh; Der Kreuzzug; Abschied

Matthias Goerne, baryton

Ingo Metzmacher, piano

Harmonia Mundi HMC 902035

Disponible via le site sécurisé www.canadacd.ca
si non disponible en magasin

Schöne Welt, wo bist du ? (Monde si beau, où donc es-tu ?). C'est sur ces mots que Matthias Goerne entame le quatrième volet de son vaste projet d'enregistrer une anthologie des lieder de Schubert avec Harmonia Mundi.

Monde si beau, où donc est-tu ? Nous avons aussitôt notre réponse dès les premières secondes : ce sublime récital est un reflet inconstestable de cet idéal. Sublime grâce à cette rare symbiose entre le timbre chaud du baryton et la riche sonorité du piano. J'ai rarement entendu magie opérer de cette manière. Il faut saluer aussi la prise de son fort bien équilibrée entre ces deux complices qui servent à merveille un programme bâti sur le thème de la nostalgie du monde antique tel qu'idéalisé par les romantiques.

Un DVD est inclus dans cet album, soit un court documentaire sur une session de travail en studio à Berlin et où Goerne partage quelques idées sur l'univers de Schubert et où Metzmacher parle de sa longue amitié avec le chanteur et de ce qu'il a appris dans son rôle d'acccompagnateur.

Outre le premier lied "Die Götter Griechenlands" dont on aura deviné ma vive sympathie, je vous invite à écouter Philoktet, Der König in Thule, et Pilgerweise. Ces pièces forment un échantillon fort convaincant de l'envergure du génie de Schubert dans la concentration dramatique, l'inventivité des moyens expressifs et le sens mélodique tout à fait personnel.

Le mérite appartient aussi aux musiciens qui réussissent à donner un ton juste et avec une sensibilité appropriée selon les atmosphères suggérées par le compositeur. J'insiste sur la beauté du son, l'intelligence de leur interprétation et leur respect du sens profond de la poésie. C'est du Kunstlied à son meilleur de sorte qu'au lied final, celui de l'adieu (Abshied, D.475), on ne peut faire autrement que de ressentir les dernières paroles (... quitter ce que l'on aime; Adieu ! en ce seul mot que de tristesse) justement avec une part de regret, là où prend fin ce périple dans un univers onirique si différent du nôtre.

Guy Sauvé

dimanche 22 novembre 2009

Chronique de CD: Chopin sur piano d'époque





Chopin chez Pleyel
(Un concert de Chopin
à Paris)






Alain Planès, piano Pleyel 1836

Andante spianato op. 22
Ballade op. 47
Études op. 25 nos 1, 2 & 12
Grande valse op. 42
Impromptu op. 51
Mazurkas KK IIb no 5; op. 41 nos 2 & 3
Nocturnes op. 9 no 2; op. 27 no 2; op. 48 nos 1 & 2
Préludes op. 28 nos 4, 9, 11, & 13; op. 45

Harmonia Mundi HMC 902052
(www.Canadacd.ca)

Alain Planès (né 1948) aime les pianos. Pour interpréter les oeuvres de Debussy, il a choisi un Blüthner 1902, pour Scarlatti, un pianoforte Schantz de 1800, pour des préludes de Chopin, un Steinway 1906, pour en nommer quelques-uns.

Ici, c'est un Pleyel 1836, "conservé dans son état d'origine", à échappement simple, qu'il utilise pour nous présenter son dernier projet fort ambitieux: reconstituer le programme d'une rarissime prestation publique de Chopin à la salle Pleyel en février 1842.

Il faut savoir qu'à cette époque les compte-rendus de presse se souciaient peu de détails précis quant aux titres. Une recherche à travers le recoupement de diverses chroniques publiées dans les gazettes parisiennes a donc été nécessaire pour amener ce récital jusqu'à 80 minutes. Peu de productions discographiques sont aussi généreuses.

Mais comme si cela ne suffisait pas, Alain Planès a voulu approfondir l'investigation, à savoir : donner une idée du jeu de Chopin. Celui-ci ne jouait pas fort certes mais encore ? Grâce à sa recherche dans diverses partitions annotées de la main même de Chopin (dont certains cahiers de ses élèves encore conservés), il a repéré des nuances d'articulation, d'ornementation, de doigté que l'on ne retrouve pas dans les éditions régulières. C'est donc la somme de ces trouvailles qui a dicté sa manière d'interpréter le répertoire présenté sur ce disque.

Voilà pour les intentions. Qu'en est-il maintenant de notre plaisir auditif ?

Je dois avouer qu'au tout début, j'étais resté un peu tiède au timbre de l'instrument mais au fur et à mesure que les pièces se succédaient, l'intérêt s'accroissait au point où, au final, l'impression globale était nettement plus que satisfaisante.

Mais par-dessus tout, il faut souligner la superbe maîtrise du phrasé qui appuie une sensibilité poétique à un rare degré de perfection. Aucune mièvrerie, aucun sentimentalisme, ni aucune froideur désséchante ou virtuosité inutile. La respiration de la phrase est maintenue malgré les silences intercalés qui ne perdent rien de leur densité. C'est un tour de force qui mérite toute admiration.

mercredi 30 septembre 2009

Chronique CD: Wilms



Johann Wilhelm Wilms (1772-1847)

Symphonie no. 1, op. 9 en Do majeur
Ouverture en ré majeur
Symphonie no. 4, op. 23 en Do mineur



NDR Radiophilharmonie Hannover
Howard Griffiths
CPO 777209-2
********************************
D’entrée de jeu, une belle surprise nous attend dans cet enregistrement. Wilms est un de ces nombreux compositeurs dont la figure titanesque de Beethoven a éclipsé la réputation. J’en veux pour preuve les deux paragraphes d’une tiédeur toute factuelle que nous présente l’article du Grove Music Online. C’est grâce à Wikipedia que j’apprenais qu’un site web lui était consacré par l’Internationale Johann Wilhelm Wilms Gesellschaft (http://www.ijwwg.de/Germany/portrait.htm). À ma grande surprise, on recense pas moins de dix-sept cds pour sa discographie dont six qui lui sont entièrement dédiés, l’un d’eux étant celui qui nous occupe dans la présente chronique.

Mais on doit se tourner vers le livret du disque pour apprendre beaucoup plus que ce que nous offrent les contenus électroniques au sujet d’un compositeur qui, au-delà des influences qu’on voudra bien lui trouver, démontre une habileté et une personnalité incontestable. C’est presque un choc que de s’apercevoir, qu’en dehors de Beethoven et Schubert, qu’en dehors de l’Allemagne, de Vienne et de la France, il existe d’autres talents à cheval entre classicisme et romantisme qui méritent notre attention. Bien que né en Allemagne, Wilms se rendit à Amsterdam avant la vingtaine pour y devenir l’un des principaux compositeurs des Pays-Bas de la première moitié du 19ème siècle.

Les deux symphonies auraient été écrites dans un intervalle très rapproché. Ainsi, la création de l’opus 9 a eu lieu en janvier 1806 et celle de l’opus 23 fin 1807. Mais quelle différence déjà dans l’évolution dramatique du discours. Alors que la première rappelle plusieurs fois, sans toutefois en amoindrir ses qualités distinctes, la comparaison à la période londonienne de Haydn, la suivante nous amène au seuil du pathos digne de l’Eroica de Beethoven. Dans les deux cas, on appréciera particulièrement la verve exquise des thèmes, la vigueur rythmique, la cohérence formelle, l’écriture finement ciselée de certains passages que les amateurs de bois savoureront avec plaisir. Quant à l’ouverture, elle vaut bien plus que les insipides compléments de programme qu’on a vite fait d’oublier après un premier contact. Le thème de l’Allegro est autant agréable que mémorable et l’œuvre conserve un entrain avec lequel il fait bon de renouer.

Il est heureux que CPO ait confié à des musiciens aussi remarquables ce superbe coup d’envoi à la réhabilitation d’un compositeur tout à fait original et charmant. Je me dois de souligner l’interprétation dynamique, et l’attention portée aux délectables nuances. Une belle démonstation de l’enthousiasme qui transcende la conviction. C’est donc avec grande hâte que je souhaite découvrir les cinq autres symphonies.

Guy Sauvé

lundi 14 septembre 2009

Chronique CD : Bach


Bis donne un grand coup !










Label: Bis (de Suède)
Distribué au Canada par : Scandinavian Record Import
En français: www.CanadaCD.ca/fr/
En anglais: www.CanadaCD.ca/en/


Bach Collegium Japan
dirigé par Masaaki Suzuki

Références:
Volume 1 : CD 9024/26 "Erschallet, ihr Lieder!"
Volume 2 : CD 9027/29 "Erfreut euch!"
Volume 3 : CD 9030/32 "Jesu, nun sei gepreiset!"
Volume 4 : CD 9033/35 "Singet dem Herrn!"

Chaque volume est un coffret de 10 cds accompagnés de leur livret respectif avec traduction française et anglaise.

Entreprendre une intégrale des 200 cantates sacrées de Bach (1685-1750), alors que certains esprits alarmistes crient au déclin du marché du disque classique, semble une aventure qui relèverait davantage de la témérité périlleuse que d'un flair des plus perspicaces. Or, chez Bis, ce flair existe depuis longtemps et cette intégrale le démontre encore une fois de façon très convaincante.

Ces coffrets réunissent les 40 premiers enregistrements déjà parus séparément de l'intégrale toujours en cours et menée de main de maître par Masaaki Suzuki. Ne vous fiez pas aux numéros de catalogue qui pourraient laisser croire qu'il n'y a que 3 cds par volume; ces numéros indiquent plutôt que chacun des volumes se vend au prix de 3 ! Les livrets, correspondant à chacun des disques, sont publiés séparément; ce qui est beaucoup plus pratique que s'ils avaient été réunis en un seul. Noter aussi que les cds originalement produits en SACD sont convertis, dans cette édition, en format CD.

J'ai suivi cette aventure depuis le début et j'ai choisi parmi ces enregistrements la très grande majorité des exemples musicaux utilisés pour la conférence que je donne sur les cantates sacrées de Bach. Ce choix est basé non seulement sur la grande qualité d'enregistrement (bel équilibre entre solistes, choeur et ensemble instrumental; présence sonore très satisfaisante) mais aussi sur la constance de superbes interprétations et les mises à jour musicologiques quant à certains choix d'instruments ou de révisions de partitions.

J'apprécie particulièrement la sonorité chaleureuse et la diversité des caractères dramatiques qui se dégagent de la vision raffinée de ce chef. J'y retrouve une sensualité qui amène notre expérience d'écoute jusqu'aux abords de la conscience du sublime. Les termes employés ici peuvent paraître d'un lyrisme exacerbé qui ferait sourire quelques-uns mais j'assume aisément ces propos pour avoir comparé avec d'autres versions et étudié le sujet avec profondeur.

Je reviendrai sûrement sur cette collection dans un prochain article. À suivre...
Guy Sauvé
Septembre 2009

mercredi 9 septembre 2009

Chronique CD : Ries


Ferdinand Ries (1784-1838)

CPO
777 353-2














Ouverture « Die Räuberbraut », op. 156;
Concerto pour 2 cors WoO 19;
Ouverture « Liska oder Die Hexe von Gyllensteen », op. 164;
Concerto pour violon, op. 24

Teunis van der Zwart, cor
Erwin Wieringa, cor
Anton Steck, violon
Die Kölner Akademie
Michael Alexander Willens


Ferdinand Ries est surtout connu comme élève de Beethoven et un de ses premiers biographes. On sait moins cependant qu’il était l’aîné de Franz Anton Ries, premier violon de la chapelle de la cour de Bonn ayant enseigné à Beethoven. Malgré les turpitudes causées par les guerres napoléoniennes, Ferdinand Ries est tout de même parvenu à faire une belle carrière, surtout à Londres après quatre ans de tournées parcourant l’Allemagne, le Danemark, la Russie et la Suède où il a été nommé membre de l’Académie royale de musique.

Le catalogue de ses œuvres offre de nombreuses perspectives de projets d’enregistrements puisqu’on peut choisir, entre autres, les huit symphonies et autant de concertos pour piano, vingt-six quatuors à cordes, quatorze sonates, quinze fantaisies et quarante-neuf suites de variations pour piano seul, six trios avec piano sans compter plusieurs pièces vocales et de musique de chambre.

Passons vite sur les deux ouvertures d’opéras composés dans la dernière décennie de son existence. Ce sont de jolis compléments de programme dont on ne doit pas bouder le plaisir (puisque l’orchestre les interprète avec brio) mais qui demeurent des pièces conventionnelles attirant davantage un auditoire restreint de spécialistes.

Par contre, les deux concertos valent le détour car, quoiqu’écrits avant la trentaine et à quelques mois d’intervalles, ils nous révèlent un compositeur talentueux pourvu d’esprit, de charme et de bonnes idées musicales.

Le Concerto pour violon (1810) est une œuvre en trois mouvements de bonne facture, bien développée, et comportant des tournures harmoniques très personnelles. Sans atteindre le souffle de celui composé par Beethoven quatre ans auparavant, cette œuvre est dans son ensemble fort agréable à écouter, notamment le troisième mouvement dynamique qui comprend un thème de rondo mémorable et une variété de textures dans les épisodes orchestraux fort bienvenue. C’est là que le soliste se rachète des problèmes de justesse qui parsèment certains passages dans les mouvements précédents et où il démontre sa capacité de maîtriser des passages virtuoses.

Quant au Concerto pour deux cors, on peut se demander de prime abord, après une première écoute et sans avoir lu le texte de présentation, si l’emploi de deux cors solistes ne paraît pas superflu à certains moments. Il faut savoir que Ries, comme le suggère l’auteur du livret du cd, « considérait sans doute l’œuvre comme une pièce de circonstance dédiée aux deux excellents cornistes de la chapelle de la cour de Kassel » et de ce fait n’a pas jugé bon de lui attribuer un numéro d’opus, ni de chercher à le faire éditer. Une fois cette réserve exprimée, ce concerto mérite l’attention des auditeurs. Personnellement, j’apprécie le renfort d’un deuxième soliste qui donne plus de corps en contrepartie du volume de l’orchestre. Ries n’hésite pas à exploiter le registre très grave des instruments et à pousser loin les limites de la virtuosité à plus forte raison de l’usage
du cor naturel. On comprend alors l’obligation pour les solistes de ralentir le tempo pour favoriser une meilleure articulation des traits périlleux et on regrette certaines accélérations de l’orchestre qui rendent inégal le déroulement du discours, comme si on voulait absolument « rattrapper » le temps perdu. Pour le reste, il s’agit d’une œuvre plaisante, une belle découverte qui saura satisfaire les amoureux des cuivres.

Bien que CPO n’indique pas qu’il s’agisse de premières mondiales, on serait bien embêté de repérer de nos jours des versions concurrentes des œuvres présentées ici. Dans le cas du concerto pour violon, CPO s’est servi de copies manuscrites du compositeur non éditées qui se trouvent à la Bibliothèque nationale de Berlin. Même la série « The Romantic Violin Concerto » de la compagnie Hyperion ne l’a pas endisqué. Malgré quelques défaillances, on doit féliciter l’ensemble de cette production qui a eu l’audace de nous dévoiler de nouveaux bijoux cachés du vaste répertoire romantique grâce à des artistes pleinement engagés.

Guy Sauvé
Septembre 2009

Chronique CD : Bruch


Max Bruch
(1838-1920)

CPO
777385-2














Suite sur des mélodies de folklores russes op. 79b
Sérénade sur des mélodies suédoises op. posth.
Suites de danses suédoises op 63 nos 1 & 2

SWR Rundfunkorchester Kaiserslautern
Werner Andreas Albert

Le label CPO (Classic Produktion Osnabrück) compte parmi mes préférés parce que son comité éditorial se distingue par une audace qui devrait faire rougir bon nombre de ses compétiteurs, rendus trop frileux par leur obsession de profitabilité financière.

Quiconque veut sérieusement approfondir sa connaissance des répertoires baroque, classique et romantiques doit s’engager à explorer le catalogue de cette maison allemande créée il y a maintenant vingt ans.

L’album des mélodies de danses russes et suédoises orchestrées par Max Bruch (777285-2) est non seulement mon dernier coup de cœur mais aussi un très bon exemple des trésors que CPO réserve aux mélomanes.

On y retrouve 27 pièces splendidement interprétées et qui nous convainquent du talent d’orchestrateur de Bruch (1838-1920), talent tout à fait comparable au Brahms des danses hongroises et au Dvorak des danses slaves. Ces belles mélodies sont regroupées en trois suites pour orchestre et une autre pour orchestre à cordes. Alors que certains musicographes reprochent à Bruch d’être inégalement inspiré dans des œuvres de grande envergure, par exemple ses symphonies, ces quatre suites démontrent sa pleine maîtrise du medium. A mon avis, s’il y avait un disque par lequel un mélomane souhaite commencer à se familiariser avec l’œuvre de Bruch, c’est celui-ci que je leur recommanderais.

Répertoire inédit, interprétation très respectable, livret explicatif généreux, qualité d’enregistrement satisfaisante, voilà autant de raisons qui justifient mon intérêt soutenu pour les productions de ce label supérieur à d’autres qui encombrent les bacs et dont la médiocrité font déserter les amateurs de musique classique potentiels.