jeudi 15 juillet 2010

Chronique de cd: Peer Gynt rarement entendu





Edvard Grieg (1843-1907)









Peer Gynt
, Musique de scène pour le drame d’Henrik Ibsen, op.23 (1867)


Dietrich Henschel (Peer Gynt)

Inger Dam-Jensen (Solveig)

Sophie Koch (Anitra)

Vegar Vardal, violon hardanger

Orchestre de la Suisse romande

Ensemble vocal Le Motet de Genève

Guillaume Tourniaire, chef

AEON AECD 1098

(Voir site sécurisé www.canadacd.ca si non disponible en magasin)


En 2005, la maison Aeon mettait sur le marché un coffret de trois cds dont les deux premiers, enregistrés en 2004, reconstituaient une version de concert (sans décors, ni costumes) de la musique de scène de Peer Gynt (prononcer « père guine-te » ), la célèbre pièce du dramaturge norvégien Henrik Ibsen (1867). Cette version comprend aussi des scènes parlées avec narrateur et comédiens. Les numéros proprement musicaux furent confiés aux soins du compositeur norvégien le plus en vogue d’alors, soit Edvard Grieg.


Le troisième cd (plus de 75 minutes), enregistré en 2000 et offert en « bonus », retranche les vingt-trois scènes parlées et quelques autres numéros musicaux de moindre importance dont quelques courts mélodrames (dialogues entre personnages avec accompagnement musical), pour ne garder que les numéros musicaux.


En 2010, Aeon recommercialise ce bonus (le cd tel quel de la précédente édition) dans le but d’annoncer son catalogue 2010 qui occupe la part du lion du livret. On apprend hélas très peu de choses sur l’œuvre de Grieg dans ce livret mais l’initiative de relancer un programme musical qui se rapproche nettement plus de la conception originale que les deux populaires suites pour orchestre est fort bienvenue.


Rappelons que ces deux suites de Peer Gynt pour orchestre, op. 46 (1888) et op. 55 (1891) de quatre mouvements chacun sont strictement instrumentales, donc des arrangements qui apportèrent gloire et fortune au compositeur, une manière pour celui-ci de compenser le trop maigre cachet qu’il avait reçu pour la composition de la musique de scène. Quelle ironie d’apprendre que Grieg avait entrepris le projet initial à contrecoeur pour en produire un chef-d’œuvre impérissable au rayonnement international.


Ce cd contient onze pièces instrumentales et douze vocales (cinq pour chœur, deux pour solo et chœur, trois solos, un duo, un trio). Le programme, assez varié dans ses atmosphères, s’écoute avec grand plaisir car on suit les péripéties parfois rocambolesques d’un anti-héros vantard, bon enfant, affabulateur, prêt à raconter n’importe quoi pour épater la galerie et séduire autant de femmes qu’il le peut.


Dans cette suite de ving-trois numéros incluant les huit thèmes tant connus repris dans les suites ultérieures, on y découvre deux pièces de folklore norvégien (un halling et un springer) joué au hardanger (violon norvégien avec cordes à résonance sympathique – voir une image de l’instrument via le lien suivant : http://www.instrumentsdumonde.fr/instrument/194-Violon-Hardanger.html ), des moments haletants comme la poursuite des trolls contre Peer Gynt et la scène du naufrage, des musiques « exotiques » (le lever du soleil dans Au matin se passe au Sahara et sa danse arabe précède de quelques années celle que Tchaikovsky avait composée pour Casse-Noisettes), et des pièces au caractère plus tragique ou sentimentale.


Deux morceaux m’ont particulièrement enchanté. Tout d’abord, la caricaturale et pathétique Danse de la fille du roi de la montagne car ce roi est celui des trolls, personnages hideux, individualistes et méchants (métaphore très peu flatteuse qu’utilisa Ibsen pour critiquer ses compatriotes qui demeurèrent « neutres » lors de la guerre qui opposa le Danemark à la Prusse). Alors imaginez une princesse troll peu douée de grâce essayant de séduire naïvement l’ineffable Peer. Grieg notait à propos de cette scène : « La musique doit être une parodie absolue et les auditeurs doivent en avoir conscience. Seulement alors l’effet sera comique. »


Le deuxième morceau qui mérite l’attention est la chanson de Solveig. Surtout connue dans sa version orchestrale, (Suite no. 2, op. 55 no. 4), cette pièce est beaucoup plus émouvante quand on l’entend chantée et l’interprétation d’Inger Dam-Jensen est en effet ici fort ravissante.


D’ailleurs, il faut souligner l’impeccable interprétation de l’orchestre et du chœur qui ont bien rodé ce répertoire ainsi que la prise de son qui nous fait vivre ce drame épique dans toutes ses dimensions expressives de manière absolument convaincante.


Un très beau disque.


Guy Sauvé

Juillet 2010

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