
Encyclopédie du
Fantastique
Éditions Ellipses
Valérie Tritter, coordonnatrice
Ceci étant dit, les éditions Ellipses n’en sont pas à leur première réalisation dans le genre. Déjà en 1998, ils avaient publié Le fantastique anglo-saxon et La littérature fantastique en 50 ouvrages. Vint en 2000 un tout petit livre de 128 pages couvrant le sujet d’une manière générale tout simplement intitulé Le fantastique et qui présentait, entre autres, un panorama chronologique « avant 1760 » jusqu’en 2000.
L’année suivante paraît, dans la collection Thèmes et études, un autre livre, encore une fois intitulé Le fantastique, s’intéressant aux diverses analyses du genre, comparant avec d’autres formes littéraires et complétant avec le traitement cinématographique. Le terrain était donc préparé pour une aventure d’envergure, la version encyclopédique.
La littérature reçoit la part du lion, dominant de loin le nombre des entrées (249) pour les écrivains de nationalités aussi diverses que la France, Grande-Bretagne, Belgique, Russie, Japon, Cuba. Quelle belle découverte que ce fut, parmi tant d’autres, que celle d’un écrivain japonais, Akinari Ueda (1734-1809), un maître du genre dont j’ignorais l’existence. Au deuxième rang arrive le cinéma (108) qui inclut, outre les réalisateurs, quelques acteurs et créateurs d’effets spéciaux. Les autres domaines (peinture, musique, etc) souffrent cependant d’une disproportion significative mais font l’objet de quelques articles signés par des connaisseurs. Mais puisqu’on parlait de Berlioz, j’aurais mentionné sa magnifique mélodie pour voix et orchestre, intitulée Au Cimetière, extraite du cycle Nuits d’été; cette mélodie est tirée d’un poème de Théophile Gautier, un maître de la littérature fantastique française du XIXème siècle. Il aurait été pertinent de signaler que le compositeur britannique Josef Holbrooke (1878-1958) a écrit environ une trentaine de poèmes symphoniques inspirés par Edgar Allan Poe.
En peinture, il aurait été intéressant de présenter une étude portant sur les thèmes de la tentation de Saint-Antoine, des triomphes de la mort, de l’Enfer de Dante. De même aurait-t-il fallu parler de peintres / dessinateurs à juste titre célèbres comme H.R. Giger, Wifredo Lam, Khnopff, Klinger, Clerici entre autres. Sûrement un autre volume, dédié cette fois à la musique et à l’iconographie fantastique (peinture, sculpture, gravure), mérite d’être considéré.
Quant aux sujets comme tels (i.e. 160 articles de nature non-biographiques), ils occupent une place enviable tant ils sont admirablement développés. Par exemple, l’article, essentiel, sur l’anthropologie compte 27 colonnes où la relation entre mythologie et psychanalyse est passionnante à découvrir. Celui consacré à l’opéra nous réserve une analyse du Freischütz de Carl Maria von Weber fort intéressante malgré que je déplore l’absence de commentaires sur le magnifique opéra La Ville morte de Korngold. Les deux consacrés au vampire sont, malgré certaines redondances de l’un à l’autre, absolument captivants.
Les articles sont écrits d’une manière experte tout en rendant la lecture plaisante comme ce fut le cas pour le giallo, l’orientalisme et fantastique, l’analyse de l’œuvre de Hanns H. Ewers; on pourrait repérer facilement d’autres exemples qui nous laissent l’impression d’une nourriture culturelle des plus satisfaisantes. Et pour vous en convaincre, je me permets de citer cet extrait, tiré de l’analyse sur le thème du double : « Permettant l’exploration du non-moi, de la mort, de la folie, le double a partie liée avec les interdits portant sur l’énigme de l’identité. La frontière entre connu et inconnu se trouve ainsi abolie… ». Ce sont justement de tels passages qui aiguillonnent mon intérêt et que l’on retrouve en abondance dans cette encyclopédie.
S’ajoute un index de toutes les entrées (659) et 28 pages de bibliographies qui permettront d’approfondir l’étude de certains thèmes. Étrange qu’on donne une bibliographie pour le Cthulhu mais sans un renvoi à l’article sur Lovecraft qui aurait été de mise. J’aurais ajouté aussi dans la bibliographie l’excellent livre de Jean Delumeau, la Peur en Occident. Il y a aussi après presque tous les articles une bibliographie reliée aux œuvres des auteurs, une bibliographie critique "qui met l’accent sur les productions modernes de la critique ", une filmographie et mentions d’adaptations selon le cas. Cette encyclopédie contient donc une mine de renseignements pour quiconque s’éprend d’un sujet particulier.
Mis à part quelques minces réserves dont aurait fait l’objet n’importe quel autre ouvrage semblable, cette encyclopédie constitue une somme de références dont la lecture est souvent très stimulante et pour un prix raisonnable. Il ne faut donc pas s’arrêter aux détails qui manquent mais plutôt la considérer comme une source indispensable, bien supérieure à l’internet, de nouveaux élans à notre curiosité, de renouvellement à notre passion.
