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Fernando Sor
(1778-1839)
Introduction, air et variations sur "O cara armonia" de La Flûte enchantée de Mozart, op.9
Grand solo, op. 14
Andante largo, op. 5, no. 5
5 études, op. 6, nos 2, 8, 9, 11, 12
5 menuets, op 11, nos 4-8
3 menuets, op. 3; op.5 no. 3; op. 24 no 1
William Carter, guitare Tony Johnson (2006), d'après un modèle du 19ème siècle
Linn CKD 343 (SACD hybride)
Disponible via le site sécurisé www.canadacd.ca
si non disponible en magasin
Fernando Sor est une figure incontournable pour les guitaristes mais largement ignorée de l'ensemble des mélomanes, à plus forte raison qu'il y a bien des années qu'on a vu un disque uniquement consacré à ses oeuvres (à part l'anthologie hélas incomplète amorcée par Naxos).
Curieusement, il fut surtout connu de son vivant pour sa musique vocale et de ballet: son ballet Cendrillon fut choisi pour inaugurer le théâtre du Bolshoi et joué plus d'une centaine de fois à l'opéra de Paris. Son talent musical s'est manifesté à un très jeune âge, de sorte qu'à douze ans, il fut initié à la complexité de la musique chorale polyphonique et à la musique d'orchestre la plus moderne (par exemple, les symphonies de Haydn). À dix-sept ans, il compose son premier opéra, Telemaco, qui remporta un certain succès. En plus de la guitare, il étudia le piano et suscita l'admiration de tout un auditoire après avoir exécuté une suite de variations à la contrebasse.
On doit surtout retenir qu'il était aussi habile harmonisateur que mélodiste, un aspect qui explique qu'il soit demeuré le plus populaire des compositeurs classico-romantique chez les guitaristes. On constate qu'il fait des merveilles sur un instrument qui jusqu'à alors ne semblait pas répondre à tant de richesses expressives. Autre facteur significatif de son importance: il fut l'un des tout premiers compositeurs à écrire pour son instrument des "études" qui transcendent les défis techniques pour en produire des perles d'anthologie et cela même dans les premiers opus.
Programme facile pour un interprète aguerri. Certes. Mais ces pièces étant trop rarement jouées (sauf les opp. 9 et 14), on en apprécie que davantage l'initiative car le parcours sans faute de Carter sert de référence aux jeunes instrumentistes. Comme les pièces sont jouées "à la Sor", i.e. avec la pulpe des doigts et non avec les ongles, les nuances sont délicates, la palette de timbres peu variée mais on finit par apprécier le charme de cette sonorité comme on le ferait pour les pianos de la première moitié du 19ème siècle.
Cela pose parfois quelques difficultés dans la plénitude de certains traits dans les voix internes du registre medium mais Carter privilégie une sonorité moelleuse plutôt q'une brillance plus moderne correspondant à une esthétique anachronique. En ce sens, il respecte l'esprit du compositeur.
La prise de son superbe est la plus naturelle qu'il m'a été donné d'entendre pour la guitare. Elle assure le juste équilibre entre une bonne présence qui n'agresse jamais l'oreille et qui fait bien ressortir les qualités particulières des divers registres: les basses rondes, le medium chaleureux et les aigus agréablement étincellants.
Une petite coquille s'est glissée dans l'identification d'une des pièces: l'Andante largo est op.5, no. 5 et non pas no. 3 tel qu'indiqué dans le livret.
Ce disque doit être accueilli avec grand enthousiasme par un auditoire le plus large possible parce qu'on y retrouve grâce mélodique, harmonies savoureuses, interprétation impeccable et historiquement respectueuse, le tout servi par une technique digne des standards les plus irréprochables.
Guy Sauvé
Février 2010
Coup de coeur découverte
Arvid Kleven (1899-1929):
Le Novalis de la musique norvégienne
Fantaisie symphonique, op. 15 (1926)
Le Sommeil de la forêt, op. 9 (1923)
Au pays du lotus, op. 5 (1921-22)
Sinfonia libera in due parte, op. 16 (1927)
Orchestre symphonique de Stavanger
Susanna Mälkki
Bis CD-1542
Disponible via le site sécurisé www.canadacd.ca
si non disponible en magasin
Baudelaire disait de la critique qu'elle pouvait être "partiale et passionnée mais du point de vue qui ouvre le plus d'horizons." Le disque présenté ici nous offre une belle occasion de mettre cette attitude en pratique car, oui, son répertoire ne peut laisser personne indifférent mais il faut voir les perspectives qu'une telle initiative discographique suggère pour l'avenir.
Arvid Kleven était un compositeur norvégien, mort cinq jours avant la trentaine, qui avait une une personnalité artistique audacieuse, sans compromis mais sincère. De la force de caractère, il lui en a fallu pour persister malgré la forte hostilité de l'establishment culturel de l'époque qui était alors davantage attaché à faire valoir à tout prix la dimension nationaliste de sa production, encore imbue de l'héritage de Grieg et Svendsen, plutôt que de manifester une ouverture aux tendances plus modernes de l'étranger.
On reconnaissait certainement à Kleven sa maîtrise de l'instrumentation dès sa première oeuvre orchestrale présentée en public, soit Au pays du lotus. L'influence de l'Après-midi d'une faune de Debussy se fait très bien sentir mais peut-on vraiment le reprocher à un si jeune compositeur ayant appris jusqu'alors en autodidacte avant un séjour d'études à Paris en 1921-22, année où il écrivit l'oeuvre ?
Les oeuvres suivantes furent vivement rabrouées par les critiques de sorte que Au pays du lotus et Le Sommeil de la forêt ont été enregistrées par le label Simax seulement dans les années 1990, cette dernière oeuvre rappelant par endroits les somptueuses orchestrations et le lyrisme de Richard Strauss.
Quant aux deux autres qui firent scandale et qui ne furent jamais publiées, Bis nous les offre en premières mondiales et ce pour notre plus grand intérêt. Dès les premières mesures de la Fantaisie symphonique, nous sommes conquis par la splendeur des coloris et des harmonies qui donnent un parfum envoûtant même durant les passages atonaux d'inspiration d'un expressionnisme plus près d'Hindemith que de l'école viennoise. Quant à la Sinfonia in due parte, le dernier opus pour orchestre de Kleven composé lors d'un séjour à Berlin en 1926-27, on en a retrouvé que la première partie. Encore là, le style est expressionniste mais demeure dans une veine plus lyrique que cérébrale.
Le grand talent de Susanna Mälkki équilibre à merveille toutes les forces de l'orchestre pour atteindre un maximum d'expressivité et de conviction dans l'interprétation. L'enregistrement rend admirablement justice à sonorité d'un ensemble qui n'a rien à envier à des phalanges beaucoup plus célèbres. Il faudra bien un jour réévaluer le palmarès mondial des orchestres tant le niveau et la diversité des nouveaux "joueurs" se sont accrus remarquablement. Voilà un des points qui nous ramènent au conseil de Baudelaire; l' "horizon" des références en matière d'interprétation s'élargit.
Un autre horizon à considérer est celui de ne point bouder l'originalité d'un génie précoce tel que l'a été Arvid Kleven. De plus, combien d'autres compositeurs norvégiens, voire même scandinaves, qu'on ne s'habitue pas encore à essayer de découvrir, satisferont notre curiosité ?
Et pour finir: pourquoi comparer Kleven à Novalis ? Novalis, mort lui aussi vers la trentaine, fut une comète éteinte trop tôt mais qui a laissé une empreinte déterminante. Novalis a été pour la poésie du romantisme naissant en Allemagne ce que Kleven a été pour le modernisme musical en Norvège. La différence est que Kleven est demeuré trop longtemps incompris et ignoré par ses pairs mais je suis d'avis que cet enregistrement saura réhabiliter cet esprit qui assumait courageusement son indépendance artistique.
Guy Sauvé